Il arrive parfois que le « ça n'arrive qu'aux autres » nous arrive aussi.
On appelle ça, l'accumulation d'expérience qui est censée nous enrichir afin de prendre du recul et gagner en sagesse.
- Je m'en serais bien passé...
Après une bonne over-dose de souffrance et d'incompréhension, on se retrouve dans une situation inconnue jusqu'alors.
Le sentiment d'abandon et de rejet nous dirige vers les portes virtuelles des rencontres sur internet.
Histoire de penser à autre chose.
Se donner l'illusion que quelqu'un puisse encore s'intéresser à nous, sentimentalement parlant.
Bien sur, il faut payer. Par ici la caisse.
Tu es malheureux et tu investis sur l'espoir de faire disparaître cette douleur tapie comme un squatter au fond de toi. Il va bien falloir le déloger avant la trêve hivernale !
Tout le monde te dit que tu n'as pas besoin de site pour rencontrer quelqu'un.
- Et je les rencontre où alors et quand ?
Tout le monde te dit que tu as le temps.
- On voit bien que tout le monde n'est pas malheureux et que tu aimerais que ce cauchemar cesse !
Tu rentres donc dans cette « Venise » en carton-pâte remplie de masques avec parfois des visages peints ou
des descriptions tentantes.
Une ville peuplée d'âmes en peine, meurtries par une séparation, une tromperie, un truc qui t'as retiré un morceau du cœur et qui ne repousse plus. Tu déambules incognito en regardant du coin de
l'œil ces âmes errantes. Tu en regardes une mais elle en regarde un autre qui est séduit par une autre qui est intéressée par un autre qui est encore épris de son ex.
Tous ces profils se retrouvent finalement dos à dos en se faisant de grinçantes politesses.
Tu refermes la porte encore plus déçu.
Mais tu la ré-ouvres le lendemain.
A force, tu commences à acquérir les techniques et à éviter les pièges. Les rencontres finissent par se concrétiser.
Que des filles bien.
Mais tu n'es pas prêt. Tu n'es pas guéri.
- « espèce de c...! ».
Tu rentres chez toi en remplissant le frigidaire de bières et de Martini pour les potes, les glaces dans le freezer pour ta progéniture, les desserts et les plats de célibataire.
Les glaces ont fondu alors tu montes le thermostat à fond. Les riz au lait sont glacés. Désolé les enfants.
Le lendemain, ton steak haché attend de se faire dorer la pilule dans le fond de la poêle mais tu n'as plus de gaz, plus de chauffage, plus d'eau chaude. Bientôt plus d'électricité ?
- "Ah bon, il fallait s'abonner " ?
Grasse matinée
Café de l'aprèm.
On peut se
tutoyer?
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