Clin d'oeil à Bertrand Desprez
Les prévisions étaient justes.
La file militaire ininterrompue de camions de la DDE croisée sur le périphérique la veille au soir confirmait les annonces de chutes de neige. Même bien couvert en moto, je sentais la sanction glaciale d'une visière mal fermée ou de la vétusté de mes gants en Gore-Tex. Passé la demi heure de route, le bout de mes doigts commençait à sentir un écrasement comme si le sang allait gonfler mes phalanges jusqu'à l'explosion. Ce n'était pas la première fois que je vivais cette douloureuse expérience et je pris mon mal en patience en essayant de bouger au maximum mes doigts endoloris, les mains sur le guidon et le menton baissé.
La moto sur la béquille, prête à être arrimée semble vouloir pisser comme un chien sur son poteau favori. Il ne me reste plus qu'à sortir la chaîne avec mes doigts martelés de douleur tout en essayant maladroitement d'ouvrir la serrure de l'antivol au métal glacé.
Je reçu une caresse de compassion sur le visage en rentrant au chaud tel un soldat après un assaut. Le moment était venu de savourer la chaleur d'un domicile, le son de la télé et la vision d'une table dressée pour le dîner, les mains coincées sous les aisselles.
Somnolant au petit matin, Sonia vint me rejoindre toute excitée en étouffant ses exclamations pour ne pas me réveiller brutalement:
« C'est tout blanc, c'est trop beau mon cœur, tu ne prends pas la moto surtout, promets le moi !»
Non, bien sûr que non, rétorquais-je pour la rassurer même si l'idée de prendre le RER ne m'emballe pas. Je gardais pour moi une petite inquiétude de la laisser partir en voiture.
Effectivement, c'est tout blanc, ou presque. Nous sommes tous des enfants devant ce spectacle. Le nez sur mes chaussures, je fais gaffe où je pose mon pas afin de ne pas glisser. Le blanc de la neige est d'un cyan sombre sous la chape enveloppante d'un matin gris. C'est beau quand même malgré la triste luminosité. J'ai envie de faire des photos sur le trajet de la gare mais il faut retirer les gants, les caler sous un bras et chronométrer son cadrage pour ne pas se refroidir et éviter de faire tomber l'iPhone. Les photos ne donnent rien et j'ai l'impression de rater un RER à chaque fois que je sens l'opportunité de faire une image sympa. Je me console en écoutant mes semelles en cuir crisser sur ce nouveau fard à macadam. C'est vrai que les sons sont étouffés.
Je n'imagine pas de scène de violence possible pendant ces moments où chacun marche silencieusement entouré de ses
précieux souvenirs d'enfance.
Le panneau annonce un retard signicatif de l'ensemble des trains pour des raisons climatiques, j'attrapperai finalement
celui que j'aurai du prendre un quart plus tôt...







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